Bootsy Collins – The Power Of The One

En 1979, sur le titre « Theme from the Black Hole », George Clinton, le leader de Parliament-Funkadelic, chante, non sans humour : « My name is The One, some people call me The Funk ! »

12/03/2021 - Belkacem Meziane

BOOTSY COLLINS
THE POWER OF THE ONE

En 1979, sur le titre « Theme from the Black Hole », George Clinton, le leader de Parliament-Funkadelic, chante, non sans humour : « My name is The One, some people call me The Funk ! » (mon nom est le One, certains m’appellent le Funk!).

Si le « One » ne peut définir à lui seul le funk, Clinton rappelle à quel point ce concept est fondamental et particulièrement dans le p.funk, le style qu’il créé dans les années soixante-dix en combinant le funk de James Brown et Sly Stone, la soul de Motown et le black rock de Jimi Hendrix. Son collectif, connu sous les noms de « The Mothership Connection », « The Funk Mob » ou « Uncle Jam’s Army », compte des dizaines de musiciens, chanteurs et groupes satellites. Parmi eux, il en est un qui a joué un rôle essentiel et qui fût le lieutenant de « Captain George », il s’agit du bassiste Bootsy Collins.

William Earl Collins alias Bootsy entre chez Parliament-Funkadelic en 1972, un an après avoir quitté James Brown chez qui il a appris justement l’importance du « One ». « Give me that One, son ! » (Donne moi le One fiston !). C’est ce que lui répète sans cesse James Brown durant les onze mois durant lesquels lui et son frère Phelps (guitare) font leurs armes dans l’orchestre du Godfather. Durant cette période, Bootsy apprend à solidifier son approche du groove. Il marquera son passage chez Brown en posant ses lignes de basse sur les classiques « Sex Machine », « Super Bad » ou « Soul Power ».

Mais au fait, qu’est-ce que le « One » ?
C’est une manière d’appuyer le premier temps d’une mesure qui en compte quatre généralement dans le funk. Il peut être fortement accentué ou subtilement marqué par un instrument ou par l’ensemble du groupe. Le « One » devient une sorte de point de rendez-vous et un pivot autour duquel s’articule le groove. Brown change le cours de l’histoire de la soul en repensant son groove autour de ce concept à partir de 1965. En amenant cette notion chez George Clinton, Bootsy l’aide à concevoir musicalement ce qui deviendra le p.funk à partir de 1974. Clinton pousse la logique en imaginant tout un système philosophique. Le « One » devient synonyme d’unité entre le corps et l’esprit, entre les humains ou entre l’homme et la nature.

Quarante ans plus tard, Bootsy est toujours en activité et revient cette année avec l’album The Power of The One. « The true essence of the funk » (la vraie essence du funk) chante-t-il dès le début de cet album qui rappelle à quel point le funk peut être puissant, communicatif et fédérateur. Ce dernier point est d’ailleurs l’une des caractéristiques de ce génial bassiste. Depuis plusieurs albums, il réunit autour de lui un casting d’artistes venus d’horizons différents et c’est ici encore une fois le cas. Il y a d’abord les habitués, à commencer par son neveu d’adoption, celui qui l’appelle Uncle Bootsy, le rappeur Snoop Dogg qui a gagné depuis longtemps sa place dans le vaisseau p.funk. Le multi-instrumentiste Brian Culbertson, star du smooth jazz, vient prêter main forte aux claviers et au trombone comme Bootsy l’avait fait pour son propre album « Bringing Back the Funk » en 2008. Puis il y a les jeunes à qui « Professor Bootsy » a toujours ouvert les portes de sa « P. University ». La chanteuse country Emisunshine, la violoniste et chanteuse de jazz/soul Emmaline ou Hollywood Anderson, candidat de American Idol rejoignent les bancs de cette grande école et obtiennent haut la main leur diplôme. Et pour célébrer le son black rock des guitar heros de Funkadelic, Eddie Hazel ou Michael Hampton, il fait appel à de jeunes prodiges de la six cordes :  le bluesman Christone « Kingfish » Ingram, Brandon Niederauer et Rod Castro.

L’influence et la notoriété de Bootsy dépassent le simple cadre du funk comme le prouve la présence d’immenses jazzmen qui se joignent à lui pour une récréation funky. Le guitariste George Benson, le batteur Bernard Purdie, le saxophoniste Branford Marsalis et les bassistes Christian Mc Bride et Victor Wooten ne sont d’ailleurs pas des novices en terme de funk, loin de là. Sur la pochette du vinyl de son album This Boot Is Made For Fonk-n (1979), Bootsy remerciait le bassiste Larry Graham de lui avoir ouvert les portes. Aujourd’hui il l’invite à croiser le fer sur une version de « If You Want Me To Stay » de Sly & The Family Stone.

Bootsy mène donc tout ce beau monde avec le credo cher au p.funk: « One nation under a groove » ! L’album démarre sur les chapeaux de roue avec une leçon où il reprend le son de sa célèbre vidéo sur laquelle il explique le « One ». S’enchaînent un festival ultra-cuivré , plein de solos de guitare inspirés, de chœurs et de refrains dans la pure tradition p.funk. « The Power of The One », « Slide Eazy », « Creepin’ », « Jam On »…après quatre titres aussi forts, il est même conseillé d’appuyer sur la touche « pause » pour reprendre son souffle ! Mais Bootsy sait aussi s’ouvrir à d’autres styles comme la neo soul sur « Lips Turn Blue » ou le r&b sur « Wishing Well » ou « Soul Not 4 Sale ».

The Power of The One est donc le remède à la morosité ambiante. Pour l’instant, il n’existe qu’en format cd et en streaming. Espérons  que le label Streetwater le sorte en vinyle comme à la grande époque !

Bootsy Collins
The Power Of The One
Sweetwater Studios –
SWS 1020
USA
2020